L'Ondulateur de sens commum

Un boîtier permet d'altérer la perception des personnes aux alentours

Chapter 1 by drimmeur drimmeur

Vas-y, rentre !

J’entends la voix de Léa qui m’appelle. Léa, c’est ma pote depuis quelques mois. C’est une fille un peu geek, toujours souriante. À la base, c’est une amie d’amie, on s’était rencontrés lors d’une soirée et on a très vite parlé ensemble. On est vraiment sur la même longueur d’onde sur plein de trucs, le courant passe super bien entre nous. Mais, c’est juste une pote. On parle souvent d’amour, de filles, et tous ces trucs là, mais on a jamais abordé quoi que ce soit qui pourrait se mettre dans notre relation. D’ailleurs, je crois qu’elle est bisexuelle. Mais je m’égare. Elle est pas hyper sociable et a un cercle très fermé autour d’elle, dont je fais partie aujourd’hui.

Léa a commencé une licence de psychologie, mais s’est reconvertie dans l’informatique. À 21 ans, elle est vraiment touche-à-tout : elle peut un jour me parler d’une technologie de radio, un autre me faire une théorie de sociologie, ou même, l’autre soir, analyser un Van Gogh.

Elle passe ses journées, quand on sort pas, dans son appartement, plus précisément son « coin électronique ». Je connais peu de gens, encore moins de meufs qui on cet endroit chez eux, mais c’est Léa. Ce coin, c’est un peu son laboratoire. Récemment, elle faisait des petits robots sympas, mais depuis quelques semaines, elle est sur un « gros projet ». Et aujourd’hui, elle m’a appelé pour me le montrer, et j’ai un peu hâte.

Je retire mes chaussures et m’assoie sur son canapé-lit. Elle est, comme à son habitude, super joyeuse, mais là, il y a quelque chose en plus. Je sens qu’elle explose d’envie de me révéler un truc. Et, qu’elle sort d’une nuit blanche.

- Alors, ce projet ?

- J’ai fini ! Enfin, une première version. Mais qui marche.

- Et, c’est quoi ?

- Tu vois ce sentiment, quand tu te rend pas compte d’un truc qui est sous tes yeux ?

- Mmmh… Oui ?

- J’ai compris comment ça fonctionne. En gros, il y a une partie de ton cerveau qui l’active dès qu’un truc sort de l’ordinaire. Généralement, elle est toujours activée et elle est perturbé régulièrement - pour ton bien. Sauf quand t’es fatigué, que tu fais un truc répétitif, et cetera. Et bien moi, j’ai réussi à l’isoler et la neutraliser avec des ultrasons d’une fréquence très élevée, que je peux émettre depuis un boîtier que j’ai fait moi même.

- Mais, ça sert à quoi ? C’est dangereux, non ?

- Aujourd’hui, je vois pas de risque particulier.

- Mais, tu bloques littéralement une partie de ton cerveau ?

- De mon cerveau ?? Ahah, non, ça c’est que j’ai pas fini d’expliquer. On peut le contrer, et j’ai fais un système pour.

Elle approche son visage du mien, et me montre son oreille.

- Tu vois, dans mes deux oreilles, j’ai une petite puce qui annule les ondes de la fréquence du boîtier. Donc, pas de problèmes.

- Ça m’explique toujours pas à quoi ça peut servir ?

- Ben, à tout, vraiment ? Imagine : on se fait un restaurant. On active le boîtier, les gens voient qu’on part sans payer mais agirons comme si c’était l’ordinaire.

- C’est juste impossible que ça marche, meuf.

- T’es sûr ?

- Oui oui.

Elle sort le boîtier de sa poche. Celui ci est très rudimentaire : c’est un petit cube, avec un interrupteur, un voyant vert allumé et un autre rouge éteint. Elle appuie sur l’interrupteur.

- Tu remarques rien ?

- Non.

Je ne comprend pas. Elle a juste appuyé sur un bouton, rien n’a changé.

- Regarde ça.

Elle retire une banane de ses cheveux.

- Ça te paraît pas bizarre ?

Oh putain. Elle avait une banane dans ses cheveux. Sous mes yeux. Non seulement ça marche, mais en plus : quand les gens ne sont plus affectés par le boîtier, ils ne se rendent pas compte qu’ils ont été bernés, sauf si on leur dit.

Je prend soudain peur de cette invention

- Mais, c’est… HYPER dangereux. Imagine ce truc dans les mauvaises main.

- Je sais bien. Mais si je peux faire ce truc dans ma chambre, je pense que tout le monde pourrait faire pareil. Alors autant comprendre le truc et s’en protéger.

Elle a pas tort.

- Faudrait peut-être pas trop en parler alors. Genre, garde ça pour toi, vraiment, et fais pas d’écarts.

- C’est l’idée. Mais t’es mon pote, je peux te faire confiance ?

- Oui, oui. De toute façon c’est fait. Mais t’en vante pas, je dis ça pour toi.

- Merci. Tu veux bien que je te mette des puces, alors ?

J’accepte évidemment. L’idée de pouvoir être manipulé par qui que ce soit, en bien ou en mal, ne me botte pas énormément. Léa prend donc ces deux petites puces, et les colle dans le creux de mon oreille. Elle allume son boitier, met une banane se sa tête, puis sur la mienne, mais, cette fois, je ne suis plus du tout affecté par l’appareil. Cette entreprise terminée, Léa me lance :

- Bon, on sort ?

- Ouais, mais on va où ?

- Tu veux voir le boîtier fonctionner où ?

- Léa, t’es pas sérieuses ?

- Évidemment que je vais pas m’arrêter là. Bon, on le fait ce restau ?

Je la suit donc jusqu’au restaurant chic le plus proche de chez elle. Elle est pas du tout bien sapée, donc elle active le boîtier avant même d’entrer.

On s’assoit à une table, et un serveur vient nous donner des menus. Je commande une entrecôte que je ne pourrais jamais payer à la base. Léa prend carrément deux plats. On attend une vingtaine de minutes, puis le même serveur revient avec les plats. Il a environ 25 ans, bien présenté. Léa lui dit de patienter. Elle se lève, et lui touche l’entrejambe.

- Léa ?? Qu’est-ce que tu fous ?

- Ça va, il se rend compte de rien ! C’est marrant.

- Nan, vraiment pas ? T’imagine si je faisais ça avec une meuf ?

- J’en aurais rien à foutre. Je fais mes trucs, tu fais les tiens.

- C’est une agression.

- Consentie.

Elle regarde la salle. Bien entendu, personne fait attention à nous. Ses yeux se posent sur une serveuse de notre âge, qui s’occupe d’une autre table. Elle est jolie, fine, et semble un peu timide. Léa me tire et m’amène auprès d’elle. Elle pose sa main sur le fessier de la fille, qui continue à parler à ses clients.

- Tu vois ? C’est pas compliqué. Fais-le, je sais que t’en as envie.

- Je n’ose pas la caresser. Évidemment, j’en ai envie. Cette situation m’excite. Mais, ça se fait pas. Léa voit très bien ce qu’il se passe. Elle prend mon bras et me fait toucher la fille.

- J’ai alors une poussée d’excitation, et je commence à bander. J’ai du mal à le cacher, d’ailleurs.

- Ben alors ? Dit Léa en regardant la bosse dans mon pantalon.

- Je… je…

Je ne sais pas quoi lui répondre. Elle me propose de commencer à manger, et qu’on en parlera après. On retourne à notre table, et on déguste nos plats délicieux. On commande un dessert, puis, comme prévu, on sort sans payer, sous les yeux de tout le monde.

Après avoir marché un peu, on s’assoie sur un banc.

- Bon. Ok, j’aurais pas dû te forcer comme ça. Mais, sache que ce boîtier, je vais m’en servir. En bien ou en mal, je sais pas, mais je ne vais pas laisser mon invention dans un tiroir.

- Pourquoi tu as montré ça à moi ? Et moi seulement ? Je sais que t’as fait ce truc, et maintenant ?

- Parce que t’es mon pote. Et je pouvais pas laisser les gens que j’aime sur le carreau. Je risque de me détacher de ma vie d’avant avec ce truc, mais je veux pas tout abandonner.

- Mais t’as d’autres potes ? Et ta famille ?

- Je sais pas. Je veux blesser personne. Qu’ils voient ce que je vais devenir, ça me fait peur. T’es spécial pour moi : mes rares proches, je les connais depuis des années. Évidemment je compte pas les manipuler, mais je veux pas les apeurer non plus. Donc je les laisse en dehors de tout ça. Toi… Je pensais que tu pourrais me suivre dans cette aventure.

- Maintenant que c’est fait, il y a plus vraiment de retour en arrière.

- Si tu veux, on peut faire un deal. Je pars d’ici, nos chemins se séparent et je viendrai plus jamais vers toi. Et toi, tu parles de ce qui vient de se passer à personne. Vraiment personne.

- Hein ? Non, je veux pas te perdre. Je… Je suis prêt à te suivre, je crois.

Son visage s’illumine. Elle me prend dans ses bras.

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