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Chapter 2
by
crimsonbeans
Chapter 1
Ash
Les plâtriers avaient laissé une fine poussière blanche sur toute chose. Elle s'était déposée sur le bureau en acajou, sur la lampe en laiton, sur le rebord de la tasse de café d'Ash Maxwell, ce qu'elle ne remarqua qu'après en avoir bu une gorgée. Elle reposa la tasse avec une légère grimace et passa le pouce sur le bord.
"You were saying," a-t-elle dit. Pas vraiment une question.
*[Vous disiez, fit-elle. Pas tout à fait une question.]*
La voix du recruteur grésillait à travers le haut-parleur. Philippe Martel dirigeait une agence de placement depuis Aix-en-Provence, spécialisée dans le personnel domestique pour propriétés à très haute valeur. Il lui avait été recommandé par un contact à Monaco, quelqu'un qui comprenait que « placement domestique » pouvait recouvrir bien des choses selon qui demandait et ce qu'il était prêt à payer. Philippe s'était rendu utile pendant trois ans précisément parce qu'il ne posait jamais le genre de questions qui l'auraient rendu moins utile, et parce qu'il possédait un talent particulier : une chaleur grasse et paternelle qui amenait de jeunes femmes dans des pièces équipées de caméras et leur donnait le sentiment que se déshabiller devant un inconnu muni d'un formulaire était tout simplement la manière dont procédaient les grandes fortunes.
"The last five have all confirmed availability," Philippe said. "All of them can start within the week. I've sent the updated dossiers to your secure folder, but the physical copies should be in the portfolio I couriered this morning."
*[Les cinq dernières ont toutes confirmé leur disponibilité. Elles peuvent commencer dans la semaine. J'ai envoyé les dossiers mis à jour sur votre dossier sécurisé, mais les copies papier devraient se trouver dans le portfolio que j'ai fait livrer par coursier ce matin.]*
"I'm looking at them now."
*[Je les ai sous les yeux.]*
Ash ouvrit le portfolio en cuir et étala les profils sur son bureau. Au-delà de la porte de son bureau, le château gémissait et chantait sous les travaux. Des bottes résonnaient sur les dalles en pierre de la galerie est. Une scie à carrelage hurlait quelque part dans la cour, et deux hommes se disputaient en provençal rapide à propos de murs porteurs. Le son se propageait à travers les couloirs de pierre comme il se propage dans une cathédrale : déformé, amplifié, presque sacré dans sa façon industrielle.
Son bureau était la seule pièce achevée de toute l'aile sud. Il avait été terminé en premier, sur ses instructions expresses, parce qu'elle avait besoin d'un centre névralgique avant que le corps ne se construise autour. Les murs étaient tapissés d'un tissu mural en fibre naturelle d'un charbon profond. Les étagères portaient quelques ouvrages de référence sur les arts décoratifs du XVIIIe siècle et un carafon en cristal contenant un liquide couleur de miel brun. La fenêtre derrière elle, haute et sans rideaux, donnait sur les champs de lavande qui couraient en rangées d'un violet meurtri vers la lisière des arbres. Tout dans cette pièce disait : celle qui vit ici ne négocie pas.
Elle se tourna vers le premier profil.
Amélie Renaud. 21 ans. Avignon.
Les informations de base étaient imprimées proprement en haut de chaque fiche : âge, taille, poids, langues parlées, emplois précédents. En dessous, dans une section que le questionnaire d'entrée de Philippe intitulait par euphémisme *Évaluation d'Adaptabilité et de Confort Personnel*, les détails se faisaient plus précis. Historique sexuel. Limites déclarées. Kinks ou curiosités. On expliquait aux filles que ces informations étaient nécessaires pour le « profilage de compatibilité domestique », que les domaines privés de ce standing exigeaient une compréhension globale du tempérament du personnel afin de prévenir les conflits interpersonnels. C'était, Ash devait l'admettre, un beau morceau d'ingénierie sociale, et Philippe le menait avec talent. Le temps qu'une fille arrive au bout de son questionnaire, elle avait déjà normalisé l'acte de se dévoiler. Elle avait déjà dit l'indicible à un homme d'âge mûr dans un bureau loué qui sentait l'eau de Cologne et la bienveillance. Et ensuite venaient les photographies.
Le photographe de Philippe, ou peut-être Philippe lui-même, avait été minutieux. Trois clichés en pied par candidate : face, profil, dos, sous un éclairage professionnel neutre et devant un fond uni. Puis le travail de détail. Des gros plans obtenus par quelque vague promesse de documentation médicale et d'exigences d'assurance pour l'emploi en domaine privé. Ash ne connaissait pas la technique exacte de Philippe pour amener une vendeuse de dix-huit ans d'un village près d'Avignon à s'allonger et à écarter les genoux devant un objectif, et elle ne tenait pas particulièrement à la connaître. Seul le résultat l'intéressait.
Elle étudia le corps d'Amélie avec le détachement de quelqu'un qui examine des échantillons de tissu d'ameublement.
Trop large des hanches. Les proportions étaient fausses. Il y avait une lourdeur chez elle qui se lirait comme une robustesse paysanne sous le genre d'étoffes qu'Ash avait en tête : des soies coupées en biais, des tabliers voilés de gaze, qui exigeaient une silhouette plus fine pour tomber correctement. Le visage était quelconque. Pas laid, mais oubliable. Le genre de visage fait pour rester derrière un comptoir. Entre les jambes : une pilosité sombre, épaisse, laissée presque au naturel, les lèvres épaisses et asymétriques. Pas faux, à proprement parler. Juste pas juste.
Elle mit Amélie de côté.
"Tell me about Renaud."
*[Parlez-moi de Renaud.]*
"Quiet girl. Very rural, very sheltered. Nearly no sexual experience. One boyfriend, it ended badly. She listed her hard limit as 'anything in public.'"
*[Une fille discrète. Très rurale, très protégée. Quasi aucune expérience sexuelle. Un copain, ça s'est mal terminé. Elle a indiqué comme limite absolue « tout ce qui est en public ».]*
Philippe laissa échapper un petit rire, rodé et complice, le rire d'un homme qui trouvait ces confessions vaguement amusantes et s'attendait à ce que sa cliente partage l'amusement.
Ash ne rit pas. Elle ouvrit le deuxième dossier.
Lucie Blanc. 20 ans. Montpellier.
Meilleure silhouette, moins belle peau. Des cicatrices d'acné le long de la mâchoire que le maquillage ne masquerait qu'imparfaitement. Sur les photos de nu, Lucie se tenait le poids sur une hanche, les bras légèrement écartés du corps : une pose qui voulait être assurée mais se lisait comme défensive. Son pubis avait été rasé entièrement, ce qu'Ash trouva fastidieux. C'était l'équivalent esthétique d'un mur vide. Cela ne communiquait rien. Elle tourna vers le gros plan intime. La vulve de Lucie était charnue, des grandes lèvres proéminentes avec une pigmentation brunâtre qui s'étendait de manière inégale. Fonctionnelle. Sans intérêt.
"The Blanc girl. Did she mention why she shaves?"
*[La fille Blanc. Elle a dit pourquoi elle se rase ?]*
"She said it was personal preference. I believe her boyfriend at the time liked it."
*[Elle a dit que c'était une préférence personnelle. Je crois que son copain de l'époque aimait ça.]*
"She won't work."
*[Elle ne conviendra pas.]*
Manon Girard. 21 ans. Nîmes.
Manon était jolie de la façon dont les jeunes Françaises des petites villes du sud peuvent être jolies : les yeux sombres, la peau mate, le nez légèrement retroussé. Son corps était mince, presque garçon, avec de petits seins et des hanches étroites. Dans la section Adaptabilité, elle s'était montrée ouverte. Quatre partenaires. À l'aise avec le sexe oral, donner et recevoir. Avait expérimenté le bondage léger et trouvé ça « intéressant ». Aucune limite absolue indiquée, ce qui pouvait signifier une ouverture d'esprit authentique ou, plus probablement, un manque d'imagination.
Les photographies révélèrent le problème. Manon posait comme pour un magazine, le menton relevé, le regard jouant une assurance qu'elle ne possédait pas réellement. Ash reconnut le type immédiatement. Celle-là avait trop regardé la télévision. Elle serait en permanence en train de *jouer*, et ça se verrait. Richard ne voulait pas de performance. Richard voulait de l'authenticité qu'on peut modeler. Une fille qui joue à la sophistication était inutile. Ce qu'il fallait, c'était l'innocence véritable confrontée à l'exposition véritable, et la distance entre les deux se réduisant lentement, au fil des semaines, d'une façon que la fille pourrait sentir mais pas nommer.
Ash laissa tomber le dossier de Manon sur la pile des refusées.
Nadia Bouchard. 20 ans. Arles.
Une fille forte. Un joli visage, vraiment joli, mais forte. Du 42 au minimum. Et puis, des aréoles bien trop grandes. Ash soupira et referma le dossier sans lire l'évaluation.
"These aren't working, Philippe."
*[Ça ne va pas, Philippe.]*
"You've been through all four already?"
*[Vous avez déjà passé les quatre en revue ?]*
"You're being quite specific, Ash."
*[Vous êtes très exigeante, Ash.]*
"I'm being exactly as specific as the situation requires."
*[Je suis exactement aussi exigeante que la situation l'exige.]*
Elle se cala dans son fauteuil et regarda par la fenêtre. Au-delà de la cour, deux paysagistes taillaient les buis envahissants qui bordaient le jardin à la française. La géométrie du domaine commençait à se réaffirmer, des lignes nettes émergeant d'années d'abandon.
"Richard arrives in less than two months. The staff needs to be hired, trained, and settled well before then. I can't present him with something approximate. You know this."
*[Richard arrive dans moins de deux mois. Le personnel doit être embauché, formé et en place bien avant. Je ne peux pas lui présenter quelque chose d'approximatif. Vous le savez.]*
"I do know this."
*[Je le sais.]*
Le ton de Philippe changea, devint plus mesuré, plus prudent. Le commercial qui recalibre.
"Which is why I included a fifth file. I wasn't sure about her initially. She's at the very bottom of your stated age range, just turned nineteen, and she has no professional references of any kind. But when I met her in person, when I sat with her..."
*[C'est pourquoi j'ai inclus un cinquième dossier. Je n'étais pas sûr d'elle au départ. Elle est tout en bas de votre fourchette d'âge, elle vient d'avoir dix-neuf ans, et elle n'a aucune référence professionnelle. Mais quand je l'ai rencontrée en personne, quand je me suis assis avec elle...]*
Une pause, et Ash perçut quelque chose de presque possessif dans ce silence. Un homme qui avait vu quelque chose qu'il voulait vendre et qui savait exactement ce que ça valait.
"I thought she was exactly what you described to me in our first conversation. The word I would use is lumineuse."
*[J'ai pensé qu'elle correspondait exactement à ce que vous m'aviez décrit lors de notre première conversation. Le mot que j'emploierais, c'est lumineuse.]*
Ash rapprocha le portfolio. Sous les quatre profils rejetés, il y avait un cinquième dossier, légèrement plus épais que les autres. Elle l'avait pris pour un doublon. Elle l'ouvrit.
Teyla Rousseau. 19 ans. Apt.
La première photographie l'arrêta net.
Philippe avait agencé ce dossier différemment des autres, ouvrant avec un portrait plutôt qu'avec la documentation corporelle. La fille regardait droit dans l'objectif avec une expression qui se situait exactement entre la timidité et quelque chose qui n'était pas tout à fait de la défiance, plutôt un refus tranquille de jouer le jeu. Comme si on lui avait dit de se détendre et qu'elle avait décidé, consciemment ou non, qu'elle ne le ferait pas. Pas pour cet homme.
Ses cheveux avaient la couleur du fil de cuivre. Pas l'auburn terne que la plupart des gens appellent roux, mais un vrai rouge, ardent, presque invraisemblable, qui tombait en vagues souples sous ses clavicules. Sa peau était pâle de cette manière que seules les vraies rousses atteignent : une translucidité qui trahirait chaque rougeur, chaque marque, chaque changement de température. Des taches de rousseur parsemées sur le nez, les pommettes, le haut des épaules. Des yeux gris-vert, grands et calmes, qui possédaient une qualité qu'Ash ne pouvait décrire que comme non gardée. Pas vide. Pas simple. Ouverte, d'une façon que la plupart des gens perdent avant quinze ans. Une ingénue au sens propre, théâtral, du terme. Quelqu'un qui n'avait pas encore appris à feindre de savoir.
Une petite bouche sans maquillage.
Ash se tourna vers les photographies en pied.
De face : Teyla se tenait les mains le long du corps, les doigts légèrement repliés vers l'intérieur. Elle était mince sans être maigre, avec cette douceur qui vient de la jeunesse plutôt que de l'excès : le corps d'une fille qui vivait de pain et de fruits de saison et se rendait au travail à pied. Ses seins étaient petits mais proportionnés, fièrement dressés sur sa poitrine, d'une forme exquise, les tétons gonflés d'un corail pâle qui se distinguait à peine des aréoles. Sa taille était étroite sans être anguleuse, s'évasant vers des hanches qui portaient juste assez de largeur pour suggérer quelque chose, une promesse douce, sans rien de trop voluptueux. Son ventre présentait la plus légère courbe sous le nombril. Elle ne s'était pas rasée. Entre ses cuisses, un triangle net, légèrement duveteux, du même cuivré impossible que ses cheveux, assez fin pour ne rien dissimuler. Sur cette peau pâle, il semblait presque peint là.
De profil : la ligne de son corps était exquise. L'inclinaison légère de sa posture vers l'avant. La courbe naturelle de sa colonne vertébrale vers le creux de ses reins. Le galbe modeste et arrondi de ses fesses : cette forme délicate que les vêtements cachent et que la nudité révèle.
De dos : elle avait regardé par-dessus son épaule pour celle-ci, et il y avait cette expression de nouveau. Le refus tranquille de jouer le jeu. Même nue. Même là.
Ash se tourna vers la documentation intime.
Le gros plan montrait le sexe de Teyla en détail soigné. On l'avait positionnée sur le dos, genoux relevés et écartés, et Ash se demanda brièvement, sans la moindre culpabilité, comment Philippe avait mené cette négociation particulière. Quels mots il avait employés. Quelle tête la fille avait fait quand elle avait compris ce qu'on lui demandait.
C'était aussi proche de l'idéal que l'anatomie le permettait, du point de vue d'Ash. Les grandes lèvres étaient lisses, doucement charnues, refermées l'une contre l'autre en une fente nette : tout rassemblé, contenu, presque pudique. Ce que le métier appelle crûment une *innie*. Mais pas entièrement. Entre elles, les petites lèvres émergeaient à peine, deux pétales délicats d'un rose vif, dont la couleur saisissait contre la peau pâle alentour et la fine pilosité rousse. Elles pointaient comme les bords de quelque chose que le corps n'avait pas tout à fait réussi à garder caché. Un secret à moitié dit. L'effet était à la fois chaste et obscène, une invitation déguisée en pudeur, et Ash savait avec une certitude absolue que c'était le genre de détail que Richard remarquerait à travers une pièce et qu'il passerait le reste de la soirée à ne pas pouvoir s'empêcher de penser.
Elle réalisa qu'elle retenait sa respiration. Elle la relâcha lentement.
Elle se tourna vers l'évaluation écrite et la lut en suivant chaque ligne de son index.
La fiche d'entrée confirmait l'essentiel. Aucun père mentionné. Mère employée à temps partiel dans un tabac et, indiquaient les notes avec délicatesse, souvent souffrante. Teyla avait quitté l'école à dix-sept ans. Elle avait travaillé comme vendeuse, comme femme de ménage, et brièvement comme serveuse dans un café touristique d'où elle avait été renvoyée pour « anglais insuffisant ». Son revenu mensuel déclaré couvrait à peine sa part d'un appartement décrépit en périphérie d'Apt. La détresse financière n'était pas un sous-texte ici. C'était le texte.
Langues : français (natif). Anglais : basique, conversationnel, limité.
Note de Philippe sous l'historique sexuel : *Un partenaire. Relation brève, trois mois. Rapports décrits comme « gênants » et « pas ce à quoi je m'attendais ». Sexe oral : reçu une fois, lui a plu, jamais rendu. Aucune autre expérience physique.*
Puis, sous kinks et curiosités, la section où la plupart des autres filles avaient soit refusé de répondre soit écrit quelque chose de délibérément anodin, Teyla avait fourni des réponses dans une écriture petite et appliquée. Philippe avait inclus le français original et sa propre traduction.
*J'ai toujours eu des fantasmes d'être observée. Pas de manière violente. Mais être vue. Être regardée pendant que je fais quelque chose de privé. J'y pense quand je me touche. Quelqu'un qui regarde par une fenêtre ou une porte. Je ne sais pas pourquoi.*
Traduction de Philippe : [I have always had fantasies about being watched. Not in a violent way. But being seen. Being looked at while I am doing something private. I think about it when I touch myself. Someone watching through a window or door. I don't know why.]
En dessous, de la même écriture hésitante :
*Des situations où je n'ai pas le contrôle. Être touchée par quelqu'un de calme et sûr de lui. Je pense parfois à être déshabillée par un inconnu qui ne demande pas la permission.*
Il y avait une note en marge de l'écriture de Philippe : *La candidate a rougi profondément mais a répondu sans détour lorsque relancée. Elle dit se masturber régulièrement depuis l'âge de 14 ans et l'a admis avec un embarras visible mais sans malhonnêteté. Affect naturellement soumis. Recommande vivement le placement.*
Ash lut la liste deux fois. Puis une troisième.
Sous limites : *Je ne sais pas encore. Je pense qu'il faudrait que je fasse confiance à la personne.*
[I don't know yet. I think I would need to trust the person.]
Quelque chose se posa dans la poitrine d'Ash. Quelque chose de chaud et de précis, comme une clé tournant dans une serrure qui avait attendu longtemps.
"Philippe."
"Yes?"
*[Oui ?]*
"Tell me about her situation."
*[Parlez-moi de sa situation.]*
"She's in trouble, I think. Real trouble. The mother's condition seems worse than she lets on, and the bakery in Apt let Teyla go in March. She's been applying everywhere, anything she can find, and getting nothing reliable. When my associate first approached her about domestic staffing for a private estate, she was..."
*[Elle a des problèmes, je pense. De vrais problèmes. L'état de la mère semble plus grave qu'elle ne le laisse paraître, et la boulangerie d'Apt a laissé partir Teyla en mars. Elle postule partout, tout ce qu'elle trouve, sans rien décrocher de stable. Quand mon associé l'a contactée au sujet d'un placement domestique dans un domaine privé, elle était...]*
Une pause. Il choisissait son mot.
"Receptive. She needs the money quite badly, Ash. She'll take what's offered."
*[Réceptive. Elle a vraiment besoin de cet argent, Ash. Elle prendra ce qu'on lui propose.]*
Ash ferma brièvement les yeux. La scie dans la cour s'était tue. Dans le silence, elle entendait un oiseau chanter quelque part dans le jardin, une phrase fine et répétitive qui ressemblait à une question posée encore et encore sans attendre de réponse.
"Her English. You said limited."
*[Son anglais. Vous avez dit limité.]*
"Yes. She studied it in school, as they all do, but she can't hold a real conversation. She understands simple instructions, common words, basic commands. Anything complex and she's lost."
*[Oui. Elle l'a étudié à l'école, comme elles le font toutes, mais elle ne peut pas tenir une vraie conversation. Elle comprend des instructions simples, des mots courants, des ordres basiques. Dès que c'est complexe, elle est perdue.]*
"Fine." Ash opened her eyes. "That's workable."
*[Bien.] Ash ouvrit les yeux. [C'est exploitable.]*
Elle regarda le portrait. Les cheveux cuivrés. Les yeux gris-vert. La petite bouche qui ne savait pas encore ce qu'on lui demanderait de faire.
"Close the agreement with her. I want her here within the week."
*[Concluez l'accord avec elle. Je la veux ici avant la fin de la semaine.]*
"I'll need to walk her through the contract. The standard terms are straightforward enough, but the supplementary clauses are all in English. She'll struggle with them. She may ask for a translation."
*[Il faudra que je lui fasse signer le contrat pas à pas. Les clauses standard sont assez simples, mais les clauses supplémentaires sont entièrement en anglais. Elle aura du mal. Elle demandera peut-être une traduction.]*
"She may ask."
*[Elle demandera peut-être.]*
Ash saisit la photographie la plus intime de Teyla et la tint à bout de bras, l'inclinant pour que la lumière de l'après-midi vienne tomber dessus. Ce rose délicat émergeant de la fente pâle. Ce fin triangle cuivré.
"Make sure she signs the full contract, Philippe. Including the clauses in the back. Every page initialled. Every section acknowledged."
*[Assurez-vous qu'elle signe l'intégralité du contrat, Philippe. Y compris les clauses en annexe. Chaque page paraphée. Chaque section validée.]*
"And the translation?"
*[Et la traduction ?]*
"Provide her with a summary in French. A general summary. Emphasize the compensation package and the residency benefits. If she pushes on specific clauses, tell her they are standard provisions for estates of this caliber. Surely she'll accept it."
*[Fournissez-lui un résumé en français. Un résumé général. Mettez l'accent sur la rémunération et les avantages liés au logement. Si elle insiste sur des clauses spécifiques, dites-lui que ce sont des dispositions standard pour les domaines de ce niveau. Elle acceptera.]*
"And if she doesn't?"
*[Et si elle refuse ?]*
"She will. You just told me she's ****."
*[Elle acceptera. Vous venez de me dire qu'elle est désespérée.]*
Ash reposa la photographie avec soin, l'alignant sur le bord du sous-main.
"One more thing. After she signs. Tell her she does not need to pack anything. No personal clothing, no toiletries, nothing. Everything will be provided on arrival. Clothing, accommodations, all of it."
*[Encore une chose. Après la signature. Dites-lui qu'elle n'a pas besoin d'emporter quoi que ce soit. Pas de vêtements personnels, pas de produits de toilette, rien. Tout sera fourni à son arrivée. Vêtements, hébergement, tout.]*
Un léger temps d'arrêt sur la ligne.
"She'll find that unusual."
*[Elle va trouver ça bizarre.]*
"Frame it as a benefit. Tell her we maintain a particular dress standard for the estate and that her wardrobe will be tailored specifically to the role. Tell her personal garments are not permitted on the grounds due to textile preservation requirements. The collection is sensitive to outside fabrics, chemicals in commercial detergents, whatever sounds plausible. Use your charm, Philippe. It's what I pay you for."
*[Présentez-le comme un avantage. Dites-lui que nous maintenons un code vestimentaire spécifique au domaine et que sa garde-robe sera conçue spécialement pour le poste. Dites-lui que les vêtements personnels ne sont pas autorisés sur le domaine pour des raisons de conservation textile. La collection est sensible aux textiles extérieurs, aux agents chimiques des détergents du commerce, ce qui semble plausible. Usez de votre charme, Philippe. C'est pour ça que je vous paie.]*
"Understood."
*[Compris.]*
"And, Philippe."
*[Et, Philippe.]*
Elle laissa le prénom flotter.
"Make sure she understands that the position is fully residential. She will live on the estate for the duration of the contract. No personal vehicle. The nearest village is forty minutes by car and we do not provide regular transport. She will need to settle any personal affairs before she arrives. Visiting arrangements for family can be discussed after the probationary period."
*[Assurez-vous qu'elle comprend que le poste est entièrement résidentiel. Elle vivra sur le domaine pendant toute la durée du contrat. Pas de véhicule personnel. Le village le plus proche est à quarante minutes en voiture et nous n'assurons pas de transport régulier. Elle devra régler toutes ses affaires personnelles avant son arrivée. Les modalités de visite familiale pourront être discutées après la période d'essai.]*
"After the probationary period," he repeated. She could hear him writing.
*[Après la période d'essai, répéta-t-il. Elle l'entendait écrire.]*
"She should understand that the first eight weeks are critical and that leave during that time is not possible. If her mother's situation is a concern, suggest she arrange alternative support now. We can offer an advance on her first month's salary to facilitate that. In fact, do that. Offer the advance. It will make the rest of the conversation easier."
*[Elle doit comprendre que les huit premières semaines sont critiques et qu'aucun congé n'est possible pendant cette période. Si la situation de sa mère est un sujet de préoccupation, suggérez-lui d'organiser un soutien alternatif dès maintenant. Nous pouvons lui proposer une avance sur son premier mois de salaire pour faciliter les choses. D'ailleurs, faites-le. Proposez l'avance. Ça rendra le reste de la conversation plus facile.]*
"Clever."
*[Malin.]*
"Practical."
*[Pratique.]*
Ash rassembla les quatre profils rejetés en une seule pile et les introduisit dans la déchiqueteuse à côté de son bureau. La machine ronronna, engloutissant Amélie et Lucie et Manon et Nadia sans un murmure.
"Is there anything else you'd like me to communicate to her?"
*[Y a-t-il autre chose que vous souhaitez que je lui transmette ?]*
"Yes. Tell her it's a wonderful opportunity. Tell her the estate is beautiful. Tell her Madame Maxwell is exacting but fair, and that the work environment is professional and respectful."
*[Oui. Dites-lui que c'est une opportunité formidable. Dites-lui que le domaine est magnifique. Dites-lui que Madame Maxwell est exigeante mais juste, et que l'environnement de travail est professionnel et respectueux.]*
Elle aligna les bords du dossier ouvert de Teyla. Le portrait. Le nu de face. Le gros plan intime. Trois photographies disposées sur le cuir sombre comme un triptyque.
"Tell her whatever she needs to hear to be here by Friday."
*[Dites-lui tout ce qu'il faut pour qu'elle soit ici vendredi.]*
"Friday. I'll confirm by end of day."
*[Vendredi. Je confirme en fin de journée.]*
"Good."
*[Bien.]*
Elle tendit la main vers le téléphone pour mettre fin à l'appel, puis s'arrêta.
"Philippe. One last thing."
*[Philippe. Une dernière chose.]*
"Yes?"
*[Oui ?]*
"When you sit down with her to sign. The moment before she puts pen to the first page. Look at her and tell her, sincerely, that she can walk away. That there is absolutely no obligation."
*[Quand vous vous asseyez avec elle pour la signature. Le moment juste avant qu'elle ne pose le stylo sur la première page. Regardez-la et dites-lui, sincèrement, qu'elle peut partir. Qu'il n'y a absolument aucune obligation.]*
La voix d'Ash était calme, presque douce. La douceur de quelqu'un qui comprenait que la dernière brique d'une cage, la plus importante, était celle que la prisonnière posait elle-même.
"Say it once. Mean it. And then hand her the pen."
*[Dites-le une fois. Pensez-le. Et puis donnez-lui le stylo.]*
"Understood."
*[Compris.]*
La ligne se coupa. Ash resta assise dans le silence de sa pièce achevée au centre de sa maison inachevée, les yeux baissés sur le dossier ouvert. Sur le corps de la fille, pâle et constellé de taches de rousseur sous l'éclairage plat du studio. Sur ce rose délicat qui émergeait entre ses cuisses comme un secret chuchoté à la mauvaise personne. Sur l'écriture du questionnaire, les lettres petites et appliquées d'une fille avouant ses fantasmes dans une langue qu'elle croyait la protéger.
L'oiseau chantait toujours dans le jardin. La même phrase, encore et encore.
Ash prit son stylo et écrivit dans la marge du dossier de Teyla, de son écriture nette et architecturale :
*Galerie Est. Lumière naturelle. Première séance aux alentours de la troisième semaine maxi.*
Elle le souligna deux fois. Puis elle referma le portfolio, le posa avec précision au centre du bureau vide, et se leva.
Par la fenêtre, le soleil de fin d'après-midi avait tourné les champs de lavande en un violet profond et enfumé. Les paysagistes avaient terminé la première rangée de buis, et la ligne géométrique nette s'étirait vers la fontaine au centre du jardin, encore sèche, encore en attente de restauration. Tout attendait. Mais la forme était là désormais. L'architecture de ce que ce lieu allait devenir était visible sous la poussière et les échafaudages.
Six semaines pour finir la maison. Ensuite Richard arriverait. Et d'ici là, la fille aux cheveux de cuivre serait dressée, installée, habillée, ou déshabillée, exactement comme il faut. Placée dans la bonne pièce. Immobile comme une statue. Rose comme une plaie.
Ash s'autorisa un petit sourire privé. Puis elle se détourna de la fenêtre et alla inspecter la galerie est.
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Le Château des Cendres (Française)
Une éducation aux arts du service. Un roman érotique collaboratif écrit à deux voix : l'une derrière la main qui dispose, l'autre derrière la fille que l'on dispose.
Une héritière anglaise aux goûts exigeants acquiert un château en ruines dans le Sud de la France et le pourvoit en personnel dans un seul dessein : façonner une adolescente du coin, désespérée et parlant à peine anglais, pour en faire la pièce maîtresse d'une expérience de luxe privée destinée à un client d'exception. Ce qui commence comme un emploi de rêve se mue en une lente et méthodique éducation à l'exposition, à l'obéissance, et à une sexualité que la jeune fille n'a jamais demandé à connaître mais qu'elle ne parvient pas tout à fait à refuser. Raconté en perspectives alternées, Le Château des Cendres explore la construction d'une cage dorée, et la femme qui apprend, mot interdit après mot interdit, qu'elle est déjà à l'intérieur.
Updated on Apr 7, 2026
Created on Apr 7, 2026
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