Que se passe-t-il cette nuit là?
Des somnifères dans l'eau.
Plus le soleil descendait et plus Camille sentait une boule de stress se former dans son ventre. Elle avait peur de ce que Peysson avait prévu pour ses amies en se souvenant de ce qu'elle-même avait vécu deux jours auparavant, elle avait peur de leur réaction en apprenant qu'elle était dans le coup et elle avait peur que l'une d'elle ne survive pas à l'opération.
Alors que Laure préparait le repas tout en prenant soin à ne pas parler et à ne pas regarder Gaëlle et Anne-B, Camille ressentit une envie pressante. Pas une envie pressante comme une envie d'uriner non, plutôt comme l'envie qu'elle avait eu d'aller dans les bois la veille, comme une voix qui lui susurrait « Viens… Viens me voir. ». Peysson, c'était forcément lui. Prétextant aller au petit coin, elle s'enfonça dans la forêt et marcha une vingtaine de mètres avant de s'adosser à un chêne massif.
Elle n'eut pas à attendre longtemps avant d'entendre un bruit dans l'arbre. L'adolescente l'entendit descendre le long du tronc et s'arrêter à hauteur de sa tête. Tournant la tête, elle le vit accroché la tête en bas comme un énorme écureuil. Il ouvrit à peine les lèvres mais la jeune fille l'entendit comme s'il parlait à voix haute.
« Ce soir, tu vas glisser ce tube dans vos bouteilles d'eau, la moitié à chaque fois… T'inquiète pas c'est juste pour vous faire dormir un peu… J'ai envie de m'amuser mais pas ici, on est trop près la route, me faut un endroit plus… sauvage. Tu as compris mon enfant ?
-
Oui… Professeur… »
Il lui glissa un tube de médicament sans étiquette dans la main, lui mordit le cou et disparut aussi silencieusement qu'il était venu. Encore une fois, Camille voulut résister, lancer le tube loin dans les fougères mais elle n'y parvint pas. A la place elle le glissa dans sa poche et repartit vers les tentes.
L'adolescente y retrouva Laure qui préparait toujours le repas tandis que Gaëlle et Anne-B discutaient encore dans un coin. Les bouteilles d'eau trainaient non loin de Laure. Camille vint s'asseoir à côté d'elle, attendant une bonne occasion. Elle dura A peine plus de 30 secondes. Un moment pendant laquelle Laure regarda longuement les deux autres. Les mains de Camille volèrent à une vitesse la surprenant elle-même, sans faire le moindre geste inutile. Alors que Laure ramenait son attention vers le repas, le tube était à nouveau sagement rangé dans sa poche. Jamais l'adolescente n'aurait pensé avoir une aussi grande dextérité et se demanda si c'était un autre pouvoir qu'elle avait gagné en devenant louve.
Le repas se passa dans une entente d'abord glaciale puis Anne-B prit la parole et parla longuement avec Laure. Camille n'écouta que distraitement le discours de celle-ci sur ce qui c'était passé la veille, plus focalisée sur les deux bouteilles d'eau qui se vidaient doucement. Après dix minutes de conversation la situation s'était réchauffée, Anne-B convainquant Laure que sa partie de jambe en l'air avec Gaëlle la veille n'était qu'une connerie d'ados bourrées. Si Laure s'empressa d'accepter cette version, Camille ne put que remarquer que Gaëlle semblait un brin renfrognée, comme si elle n'était pas d'accord…
Cela n'empêcha pas la fin du repas d'être nettement plus joyeuse que le début, avec le même entrain qu'au début du séjour. Les bouteilles étaient presque vides maintenant et Camille sentait que sa tête commençait à tourner. Ce fut d'abord la plus petite des quatre qui sombra la première. Gaëlle s'effondra sur Camille, inconsciente. Anne-B et Laure se tournèrent vers elle, plaisantant en disant qu'elle était encore ivre de la veille. Puis ce fut au tour de Laure de s'effondrer. Anne-B s'inquiéta alors et voulut se relever mais l'inconscience la prit avant qu'elle n'en ait le temps.
La tête de Camille bourdonnait et le sol se tordait de plus en plus. Elle comprit qu'elle n'en avait plus pour longtemps avant de rejoindre ses amies. L'adolescente l'aperçut alors. Peysson se tenait là, à l'orée de la clairière. La nuit avait beau être tombée depuis un moment, il avait toujours forme humaine. Camille tomba sur le sol, le visage toujours tourné vers lui. Elle l'entendit dans sa tête.
« … pas facile de … retenir… transformer ce soir… mais… y arriver… Bon travail je… fier… mon enfant… »
Puis elle sombra à son tour dans l'inconscience.
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